Vision, espace, temps, dans l’Apocalypse de Jean Duvet (1561)

Abstract : Dans l’Apocalypse, saint Jean rapporte des visions prophétiques qu’il a eues sur l’île de Patmos, et raconte comment il en fut parfois acteur. Par exemple, au chapitre X, il mange un livre ou au chapitre XI, il reçoit un roseau afin de mesurer le Temple de Dieu. Ces situations sont paradoxales car lorsque saint Jean intervient dans ses visions, peut-on encore parler de visions ? Le lecteur de l’Apocalypse n’en est pas choqué car dans les écrits à la première personne l’énonciateur est souvent un protagoniste de l’action ; mais dans une œuvre visuelle, cela est moins évident. Toutefois, à la Renaissance, les représentations de visions ou de rêves partagent les mêmes conventions iconographiques et montrent celui qui regarde à côté de ce qu’il voit. Ce dispositif entre en conflit avec l’emploi généralisé de la perspective qui interdit a priori de mettre dans une même image le regardant et ce qu’il regarde. Les illustrations de l’Apocalypse, qu’elles datent du Moyen Âge ou de la Renaissance, reposent sur ce type d’arrangement ; mais Jean Duvet est peut-être le seul artiste à utiliser ce dispositif pour mettre en question le statut de la vision et à élaborer une esthétique spécifique pour en rendre compte. Nous le mettrons en évidence en examinant trois points : - Le frontispice, qui oriente la lecture de l’ensemble, est un autoportrait, où Duvet est représenté en train de rêver qu’il réalise les illustrations de l’Apocalypse tandis que menace la mort et que le temps est compté. Cette gravure instaure une atmosphère onirique qui pose les enjeux du paradoxe de la vision à travers une expérience artistique. - Duvet a illustré des scènes de l’Apocalypse où saint Jean est aux prises avec la douleur provoquée par la contemplation des visions divines. - Il a créé une esthétique sans équivalent : en rejetant la perspective, il suggère un espace non humain, divin, parce qu’il n’est pas soumis aux lois de la physique et de l’optique. Il fabrique ainsi des images anachroniques qui ne relèvent pas d’une mode datable, mais d’une temporalité qui comme l’espace est transcendante.
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Contributor : Valérie Auclair <>
Submitted on : Wednesday, January 17, 2018 - 5:09:02 PM
Last modification on : Tuesday, October 15, 2019 - 10:23:58 AM

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  • HAL Id : hal-01686761, version 1

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Valérie Auclair. Vision, espace, temps, dans l’Apocalypse de Jean Duvet (1561). Le Verger, Cornucopia, 2016, Imaginaires et représentations de l’Apocalypse à la Renaissance, X (bouquet), pp.1-26. ⟨hal-01686761⟩

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