The Autobiography of Miss Jane Pittman de Ernest J. Gaines: New Critical Outlooks on The Autobiography of Miss Jane Pittman by Ernest J. Gaines

Résumé : Best-seller qu'une adaptation télévisuelle a rendu très populaire, cette autobiographie fictive est plus complexe qu'il n'y paraît : la singularité de la voix narrative, les accents de la langue vernaculaire et la variété des influences littéraires en font un tout composite. L'œuvre de Gaines est ancrée dans le Sud profond des Etats-Unis, la Louisiane rurale cajun et noire où il est né et a grandi, l'univers des plantations et des champs de canne à sucre, héritage culturel et folklorique essentiellement transmis par l'oralité. C'est la première caractéristique de The Autobiography of Miss Jane Pittman, récit autobiographique enregistré au magnétophone dont la transcription pose la question du passage de l'oral à l'écrit et celle, corollaire, des stratégies mises en œuvre pour compenser la déperdition de puissance communicationnelle qu'il induit. Comment transcrire la voix qui propulse le message par le son, s'appuie sur le public et participe d'une théâtralité pouvant infléchir le sens, comme nous le rappelle la tradition orale africaine américaine du signifying ? Gaines choisit d'unifier la voix en la personne de Miss Jane, femme noire plus que centenaire dont l'épaisseur – et précisément celle de sa voix – tient à son odyssée à travers le(s) siècle(s). L'histoire, ou plutôt la réminiscence, la reconstruction mnémonique et subjective de l'histoire, la petite histoire qui nourrit la littérature, est donc le deuxième thème important de ce roman, conçu comme une fresque historique revisitant à travers un regard féminin et africain américain les épisodes de l'esclavage, la guerre civile, la reconstruction, les lois ségrégationnistes (Jim Crow laws), le début du mouvement des droits civiques, et les prémices de la fin de la ségrégation. On voit déjà apparaître quelques thèmes auxquels la recherche afro-américaniste s'est récemment intéressée et qui pourront s'avérer utiles pour une problématisation et une étude critique: le rapport oral / écrit, la relation entre les histoires collective et officielle d'une part et les histoires individuelle et subjective d'autre part, ou encore l'opposition masculin / féminin. Car si The Autobiography of Miss Jane Pittman s'inscrit dans la tradition des récits d'esclaves, et particulièrement celle des récits féminins, témoignages historiques prenant la forme fictionnelle pour pallier aux manques de l'historiographie officielle, le roman s'en écarte aussi: inversion du genre (à mettre en parallèle avec celle des identités sexuelles), il est avant tout une fiction dont la matériau brut est le récit historique, la valeur duquel devient de facto relative. En outre, le roman de Gaines ne saurait être considéré comme un neo-slave narrative stricto sensu, tant son esthétique est composite. Des récits d'esclaves, on retrouve certes en de nombreux chapitres découpés en titre, développement et conclusion, la concision et la détermination, ce qui ne va pas sans poser problème puisque des pans entiers d'histoire sont ainsi réduits à de micro-récits. Mais dans cette facture, on reconnaît aussi l'esthétique propre à la nouvelle, genre dans lequel Gaines est passé maître. Par ailleurs, il serait réducteur d'arrimer l'auteur à la seule tradition littéraire africaine-américaine. La voix du Sud emprunte nombre de ses accents à Faulkner (Light in August) tandis que la description de la ruralité s'inspire du monde paysan de la littérature russe. Si bien que, même si The Autobiography of Miss Jane Pittman donne à entendre une voix, un moi, réflexif par la praxis autobiographique, tout y est travestissement, dédoublement, ventriloquie, distanciation et recréation. Enfin, si ce roman, contemporain de Roots de Alex Haley, annonce le retour de la littérature africaine américaine à un passé traumatique, enfoui sans être perdu, n'oublions pas que toute rétrospection éclaire en retour le présent et avec lui les liens étroits qui se tissent entre histoires culturelle et littéraire contemporaines. Que faut-il en effet entendre dans The Autobiography of Miss Jane Pittman – publié à l'orée des années 70, au moment où commencent de tonner les voix féminines et anti-patriarcales d'Alice Walker ou de Toni Morrison – dans cette re-création (usurpation ?) d'une voix et d'un regard féminins par un auteur masculin dont l'œuvre à venir accordera une importance croissante à la masculinité noire? Invention vocale et visuelle singulière de la féminité, la persona du roman est-elle le symptôme de la crise de la masculinité noire ou le début de la cure ? Contributeurs : Jean-Paul Rocchi (Université Paris-Diderot) ; Geneviève Fabre (Université Paris-Diderot) ; Christopher Mulvey (Winchester University, the United Kingdom) ; Marlon B. Ross (University of Virginia, USA) ; Frédéric Sylvanise (Université Paris 13-Nord) ; Jean-Pierre Richard (Université Paris-Diderot) ; Monica Michlin (Université Paris IV-Sorbonne) ; Laurence Cossu-Beaumont (Université de Picardie).
Type de document :
Direction d'ouvrage, Proceedings, Dossier
France. 1 (Beyond the New Deal), 2006, Transatlantica ISSN électronique 1765-2766. 〈www.transatlantica.org〉
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Contributeur : Jean-Paul Rocchi <>
Soumis le : vendredi 1 septembre 2017 - 19:49:43
Dernière modification le : mardi 17 avril 2018 - 15:33:53

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Jean-Paul Rocchi. The Autobiography of Miss Jane Pittman de Ernest J. Gaines: New Critical Outlooks on The Autobiography of Miss Jane Pittman by Ernest J. Gaines. France. 1 (Beyond the New Deal), 2006, Transatlantica ISSN électronique 1765-2766. 〈www.transatlantica.org〉. 〈hal-01580635〉

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